Pourquoi un poète a besoin du chemin de l'artiste
La méthode de Julia Cameron aide les poètes car elle s'attaque au problème central de la poésie : on ne peut pas ordonner qu'un poème paraisse, mais on peut préparer le terrain pour qu'il paraisse. Les pages du matin nettoient le canal de la voix et baissent la garde du critique intérieur ; Le rendez-vous avec l'artiste détourne l'attention sur le monde, qui est la matière première de tout vrai vers. Le poète ne contrôle pas l'inspiration, mais il contrôle les rituels qui la rendent plus probable, et la méthode lui donne deux des plus efficaces.
La poésie est, de tous les arts de la parole, le plus vulnérable au blocage et au silence. Un romancier peut avancer son livre avec discipline même s'il n'est pas inspiré ; Un poème forcé semble généralement creux. Cela signifie que de nombreux poètes vivent à la merci d’une intermittence pénible : des séquences de vers suivies de longs déserts dans lesquels ils doutent de continuer à être poètes. La méthode ne promet pas une fertilité permanente – personne ne le peut – mais elle raccourcit les déserts et maintient la voix éveillée entre les poèmes.
Le paradoxe du poète : plus on poursuit le poème, plus il se cache ; Plus vous vous occupez du monde sans rien poursuivre, plus il apparaît. La méthode de Cameron travaille sur ce paradoxe : elle ne vous apprend pas à « produire de la poésie », elle vous apprend à y être disponible par la pratique quotidienne et une attention cultivée.
Les pages du matin et la voix enterrée
Le pages du matin Ils font un travail bien spécifique pour le poète : ils font taire le censeur qui tue le vers avant qu'il naisse. Écrire trois pages à la main chaque matin, sans que rien d'écrit doive être bon, désactive le critique intérieur, particulièrement féroce en poésie. Le poète a tendance à juger chaque vers avec une exigence qui paralyse ; les pages du matin t'obligent à écrire sans juger, et ce muscle du non-jugement est exactement ce dont la poésie a besoin pour couler.
Il y a autre chose. Les pages du matin sont un canal où l'on réentend sa propre voix, différente de la voix « littéraire » savante. De nombreux poètes écrivent avec la voix qu’ils pensent devoir avoir – en imitant les maîtres, en poursuivant ce qui semble poétique – et perdent la leur. Dans le déroulement libre et sans prétention des pages apparaissent les vraies images, les tournures que personne n'enseigne, la véritable diction de l'écrivain. Il n’est pas rare qu’un poète trouve le germe de ses meilleurs vers dans une phrase vague tirée de ses pages du matin, écrite sans que ce soit de la poésie.
"Faites attention. Soyez étonné. Dites-le."
Marie Olivier, instructions pour vivre une vie (extrait du poème "Parfois")Marie Olivier : l'attention comme méthode
Marie Olivier (1935-2019), l'une des poètes les plus lues du monde anglo-saxon, a construit toute son œuvre sur un seul geste : l'attention. Ses poèmes naissent de promenades quotidiennes dans les bois et sur la côte de Provincetown, de l'observation d'une oie, d'un héron, de la lumière sur l'eau, avec une intensité que la plupart des gens ont perdue. Oliver se promenait chaque matin avec un petit carnet et ses poèmes étaient, dans une large mesure, le compte rendu de ce que son attention trouvait.
Son célèbre conseil – « faites attention, soyez étonné, dites-le » – est pratiquement une définition de la méthode de Cameron appliquée à la poésie. Le rendez-vous avec l'artiste et le la marche comme pratique créative Ce sont, au fond, des dispositifs destinés à attirer l'attention d'Oliver. Le poète qui se promène sans but, prêt à s'étonner d'un petit détail, fait ce qu'Olivier a fait toute sa vie : chercher des poèmes en prêtant attention au monde au lieu de se creuser la tête.
Naomi Shihab Nye et la poésie du quotidien
Naomi Shihab Nye (née en 1952), poète américaine d'origine palestinienne, enseigne une autre leçon connexe : la poésie est dans l'ordinaire, dans l'oignon coupé, chez la grand-mère, chez l'étranger dans le bus, dans la petite gentillesse entre étrangers. Son œuvre démontre qu’il n’est pas nécessaire de vivre des choses extraordinaires pour écrire une poésie extraordinaire ; Il faut regarder l’ordinaire avec suffisamment d’attention.
Cela démonte le plus gros blocage du poète débutant ou coincé : la conviction qu’il n’a « rien à écrire ». La méthode de Cameron, comme la poétique de Shihab Nye, répond que la matière est partout, à bout de bras, dans la vie que vous vivez déjà. Le rendez-vous avec l'artiste vous apprend à le voir : aller au marché et regarder les mains de quelqu'un qui vend des fruits, s'asseoir sur une place et écouter, entrer dans une librairie et ouvrir des livres au hasard. Tout cela est une matière poétique qui attend notre attention. Le poète n’a pas besoin d’une vie plus intéressante ; Vous devez mieux prendre soin de celui que vous avez.
Citations avec l'artiste pour les poètes
Les rendez-vous d'artistes d'un poète ont des lieux de prédilection, et ils méritent d'être nommés car ils fonctionnent particulièrement bien. Le librairies et bibliothèques C'est un territoire sacré : entrer sans liste, se laisser appeler par une colonne vertébrale, lire vingt pages d'un poète qu'on ne connaît pas, copier à la main un vers qui vous arrête. Le nature, à la manière d'Oliver : une promenade lente à travers un parc, une forêt, un rivage, sans téléphone portable, en faisant attention. Le espaces de personnes, à la manière de Shihab Nye : des marchés, des gares, des cafés, où la vie humaine quotidienne offre ses images.
La règle, comme toujours dans la méthode, est que le rendez-vous ne produit pas : il nourrit. Vous n'allez pas à la librairie pour chercher du matériel pour un poème spécifique ; Vous allez vous remplir de langage et du monde, en espérant que de cette abondance émergeront des poèmes que vous ne pouvez pas prévoir maintenant. Le poète qui ne fait qu'écrire et ne remplit jamais le puits finit par se répéter ou par se taire. Celui qui remplit le puits chaque semaine entretient la source.
Un cahier séparé : De nombreux poètes tiennent, en plus de leurs pages du matin, un petit carnet d'images et de vers individuels, à la manière du carnet de promenade de Marie Olivier. Ne la confondez pas avec les pages du matin : ce sont des vidages gratuits et privés ; Le carnet du poète sert à traquer les images que l'attention vous donne au cours de la journée. Les deux forment ensemble un système complet.
Comment libérer votre voix poétique en quatre semaines
Si vous n'avez pas écrit de poésie vivante depuis un moment ou si vous avez l'impression que votre voix s'est estompée, essayez cette entrée.
Semaine 1 : établit les pages du matin. Trois pages manuscrites chaque matin, sans intention poétique. N'essayez pas d'écrire des poèmes sur eux ; que la vidange désactive la censure. En fin de semaine, relisez vos pages et soulignez toute phrase qui a, sans la chercher, de la température en vers.
Semaine 2 : Ajoutez le carnet d'attention. Emportez-le avec vous et notez une image par jour, quelque chose que vous avez vu, entendu ou ressenti avec soin. Votre premier rendez-vous avec l'artiste : une lente promenade dans la nature, à la manière d'Oliver, sans téléphone portable.
Semaine 3 : Rendez-vous avec l'artiste dans une librairie ou une bibliothèque. Lisez des poètes que vous ne connaissez pas, copiez à la main trois vers étrangers qui vous arrêtent. Continuez avec les pages et le cahier. Commencez à transformer certaines images de votre cahier en un brouillon de poème, sans exiger qu'il soit bon.
Semaine 4 : Passez en revue les trois semaines de matériel – les phrases soulignées sur les pages, les images dans le cahier, les vers copiés – et écrivez deux ou trois poèmes à partir de là. Ne les jugez pas encore ; laissez-les se reposer. La preuve que votre voix est revenue n'est pas que ces poèmes sont parfaits, mais qu'ils sonnent comme ti.
La poésie ne se fabrique pas, mais elle ne tombe pas non plus du ciel aux élus. Il incombe à celui qui a préparé le terrain : qui écrit chaque matin sans se juger, qui s'occupe du monde avec soin, qui remplit son puits de langage et de vie. C'est exactement ce que la méthode de Cameron vous apprend à faire. Faites attention, soyez étonné, dites-le. Et il apparaît chaque jour, avec trois pages et un cahier, jusqu'à ce que la voix retentisse.